ERIC CLAPTON's DISCOGRAPHY



LAYLA
And Other Assorted Love Songs
1970 Polydor
39'15+37'35 823 277-2
Piste
Links
Titre Temps Compositeur
Date (jj/mm/aaaa)
Disque 1
A.1
I Looked Away 3'03 Clapton-Whitlock
2/09/1970
A.2
Bell Bottom Blues 5'00 Clapton
2/09/1970
A.3
Keep On Growing 6'20 Clapton-Whitlock
1/09/1970
A.4
Nobody Knows You (When You're Down And Out) 5'00 Cox
31/08/1970
A.5
I Am Yours 3'34 Clapton-Nizami
3/09/1970
A.6
Anyday 6'33 Clapton-Whitlock
3/09/1970
A.7
Key To The Highway 9'41 Segar-Broonzy
30/08/1970
A.8
Tell The Truth 6'37 Clapton-Whitlock
28/08/1970
A.9
Why Does Love Got to Be So Sad? 4'43 Clapton-Whitlock
31/08/1970
A.10
Have You Ever Loved A Woman? 6'54 Myles
2/09/1970
A.11
Little Wing 5'34 Hendrix
9/09/1970
A.12
It's Too Late 3'48 Willis
3/09/1970
A.13
Layla 7'05 Clapton-Gordon
9/09/1970
A.14
Thorn Tree In The Garden 2'52 Whitlock
10/09/1970
Disque 2
B.1   Jam I 19'59 Clapton-Whitlock-Radle-Gordon
2/09/1970
B.2   Jam II 12'24 Clapton-Whitlock-Radle-Gordon
26/08/1970
B.3   Jam III 13'22 Clapton-Whitlock-Radle-Gordon
27/08/1970
B.4   Jam IV 12'21 Clapton-Allman-Betts-Whitlock-Allman-oakley-Trucks
27/08/1970
B.5   Jam V 18'24 Clapton-Allman-Whitlock-Radle-Gordon
27/08/1970
Disque 3
C.1
Have You Ever Loved A Woman? (Alternative Master #1) 5'54 Myles
31/08/1970
C.2
Have You Ever Loved A Woman? (Alternative Master #2) 4'59 Myles
26/08/1970
C.3
Tell The Truth (Jam #1) 9'38 Clapton-Whitlock
27/08/1970
C.4
Tell The Truth (Jam #2) 13'47 Clapton-Whitlock
27/08/1970
C.5
Mean Old World (Rehearsal) 14'55 Walter Jacobs
2/10/1970
C.6
Mean Old World (Band Version, Master Take) 3'36 Walter Jacobs
2/10/1970
C.7
Mean Old World (Duet Version, Master Take) 3'50 Walter Jacobs
2/10/1970
C.8
(When Things Go Wrong) It Hurst Me Too (Jam) 1'56 Mel London
27/08/1970
C.9
Tender Love (Incomplete Master) 2'42 Clapton-Whitlock
27/08/1970
C.10
It's Too Late (Alternate Master) 4'05 Willis
9/09/1970

Participation à la réalisation de l'album en plus d'Eric Clapton:
Bobby Whitlock (orgue, Piano, Vocales et Guitare Acoustique), Jim Gordon (Batterie, Percussions et Piano), Carl Radle (Basse et Percussions), Duane Allman (Guitares).
Enregistré au Atlantic South-Criteria Studios, Miami, Floride, USA.

ORIGINAL SESSIONS
Produit et arrangé par The Dominos.
Producteur exécutif : Tom Dowd.
Ingénieurs d'enregistrement : Ron Albert, Carl Richardson, Mac Emmerman.
Peinture de couverture : frandsen de Schonberg.
Assemblage : Bruce McCaskill.
STT : Albee (Piano et Assistance Technique).

THE LAYLA SESSIONS - 20th ANNIVERSARY EDITION
Produit par Bill Levenson.
Mixé par Steve Rinkoff.
Ingénieur assistant : Dan Gellert.
Masterisé par Bob Ludwig au Masterdisk de New York.
Edition numérique par Scott Hull au Masterdisk de New York.
Direction artistique par Mitchell Kanner et George Lebon.

 
Rock & Folk
Avril 2001
 

En 1969, l'homme marche sur la lune et Eric Clapton redescend sur terre. Lassé, épuisé par le sordide panier de crabes qu'est devenu Cream, il décide de former un groupe avec Stevie Winwood, de Traffic. L'échec de Blind Faitfi, supergroupe réduit à étoffer son répertoire scénique de chansons des Stones pour ne pas puiser dans de trop récents et douloureux souvenirs, entraîne Clapton dans une virée américaine. Un premier album solo modestement intitulé "Eric Clapton" montre l'ex-guitar heroe se cachant au sein d'une sympathique mafia de musiciens chevronnés. Il en retrouve certains lors des séances pour le triple "All Things Must Pass" de George Harrison. Et c'est donc tout affectueusement que lorsque le pianiste Bobby Whitlock, le bassiste Cari Raddle et le batteur Jim Gordon quittent Delaney And Bannie, Clapton leur fait une proposition conséquente, devenir son groupe. Le quatuor effectue une rapide tournée anglaise - Clapton exige des places à 10 francs et sourit sur scène certains soirs - puis s'envole pour Miami où Tom Dowd l'attend aux Studios Criteria. Clapton veut retravailler avec Dowd, prometteur ingénieur du son de "Disraeli Gears" qui a peaufiné là de nombreux singles pour Wilson Pickett ("Hey Jude") ou Àretha Franklin. Première stupéfaction : le dieu de la six cordes arrive avec un matériel réduit. Alors que Cream privilégiait les doubles Marshall, Clapton joue désormais sur un petit ampli Fender Champ. Mais Clapton traîne avec lui un secret aussi gros que son matériel est petit : il est tombé amoureux de Patti Boyd Harrison, femme du soliste des Beatles, son meilleur ami. A ce stade de leur histoire, Clapton et Patti se sont contentés de vaguement flirter. Inconsolable, le guitariste consomme de plus en plus d'héroïne, relit le poète persan Nizami, auteur du "Conte de o Layla et Majoun", et cultive un cafard noir. C'est tout cet environnement qui préside au monumental double album qui sortira après deux mois de séances lentes comme une agonie. D'ailleurs les premières journées de travail (à partir du 24 août 1970) ne mènent à rien. Tom Dowd se souvient que Whitlock avait deux chansons, Clapton une poignée de blues. Surpris, le producteur Fait |ammer le groupe, sans qu'aucun groove satisfaisant ne sorte de ces séances. Un après-midi, Duane Allman appelle. Les Allman Brothers jouent à Miami... Clapton et les Dominos foncent au concert - la légende prétend que Dickey Betts aurait frôlé la crise cardiaque en découvrant Eric Clapton au premier rang - et kidnappent littéralement Duane Allman, ramené à trois heures du matin chez Criteria. Les deux guitaristes commencent à jammer et un véritable feu d'artifice sonique semble exploser dans le studio (cette première jam durera dix-huit heures, épuisant trois équipes d'ingénieurs). Clapton et Duane, l'Anglais et l'Américain, se sont trouvés. Chacun fou d'admiration pour le jeu de l'autre, ils parlent boutique, échangent les guitares, rivalisent d'audace. Après une époustouflante variation sur le "Killing Floor" de Howlin Wolf, Duane repart en tournée, promettant de revenir sous huitaine. A partir du premier septembre, les dés sont jetés. Avec sa faconde, sa gentillesse et sa générosité inouïe, Duane serale catalyseur de l'album, celui qui indique au groupe le bout du tunnel, terminant "Anyday" d'une partie de slide, ralentissant certains titres, en accélérant d'autres. Ce qui rend la tâche du mélomane réellement ardue, c'est qu'à l'arrivée, il est pratiquement impossible de dire qui joue quoi. Telle partie de pur Duane Allman n'est-elle pas un hommage affable de Clapton ? Tel triolet portant signature de Clapton ne s'achève-t-il pas par une ironique griffe de slide indiquant derechef le doigté allmanien ? Dès le retour de Duane, la musique s'était envolée, alimentée par une exceptionnelle consommation de drogues. Qui n'agit pas sur les séances nocturnes, les musiciens passant leurs |ournées entre saunas, bains de soleil et piscine. La nuit, pour l'ingénieur Karl Richardson : "Nous savions ce qui se passait. Il aurait fallu être sourd pour ne pas saisir la hauteur de la musique venant du studio B. "
Encouragés par l'atmosphère feutrée, la bonhomie de Tom Dowd qui a donné à ses ingénieurs l'ordre de "laisser tourner les magnétos" et la réelle fascination qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, les deux guitaristes rendent un hommage appuyé à Jimi Hendrix ("Little Wing") qui mourra sans jamais l'entendre, mais surtout à la femme, cette grande briseuse de cœurs. Chaque jour, des chansons sont jetées sur bande avec une belle spontanéité rock'n'roll. La journée du 2 septembre produit "Bell Bottom Blues", "I Looked Away" (qui ouvre le projet) et la prise finale au terrassant "Have You Ever Loved A Woman", titre sur lequel l'Anglais semble donner une leçon de bonnes manières à un hillbilly gavé de Freddie King (à moins que ce ne soit précisément l'inverse...). Interrompues du 4 au 8 septembre pour cause de concerts des Allman o Brothers, les séances reprennent le 9. Et accouchent du titre monstre, "Layla", que les Dominos tentaient quatre ou cinq fois par jour depuis le début, sous une forme ou une autre. Une chose est sûre, c'est Duane Allman qui trouve le riff légendaire, accélération du classique blues "As The Years Go Passing By" (ou pompage d'un plan de Peter Green dans "End Of me Came" - NdlR), mais qui le joue ? Manque un dernier morceau, 'Thorn Tree In The Garden" écrit par Bobby Whitlock en hommage à son petit chien mort (!), puis le groupe repart en tournée, laissant à Tom Dowd le soin de mixer l'énorme projet, "le meilleur disque auquel j'ai collaboré depuis The Genius Of Ray Charles' en 1959", confirmera le producteur. Hélas, à l'insistance du seul Clapton, le double album (alors incroyablement onéreux et réservé à des artistes majeurs tels Dylan, Beatles, Who) paraît sous une pochette d'un goût discutable où ne figure nulle part le nom des guitaristes. L'échec commercial est aussi prévisible que dramatique, et Clapton s'abîme derechef dans sa descente aux enfers opiacés. Il faudra des années et une cascade de réelles tragédies (morts de Hendrix, Duane Allman, Cari Raddle, descente dans la folie du batteur Jim Gordon qui tue sa mère à coups de marteau en 1983) avant que les FM américaines ne fassent de la chanson "Layla" un énorme hit radiophonique (récompensé par un Grammy en 1 983). Aujourd'hui, peu de gens oseraient en discuter : "Layla..." est le grand œuvre de Clapton, même si les ventes initiales du disque ne dépassèrent pas quatre cent mille exemplaires.

Philippe Manoeuvre - La bibliothèque idéale N°31




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