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E.C RECONTRE AVEC DIEU
Guitarist Magazine 02-94

Ce magazine intervient à deux reprises avec E.C. Tout d'abord avec une interview,
puis consacrant ce numéro
au quarantenaire de la Stratocaster à l'adoption de la marque par le chanteur.
L'INTERVIEW
ERIC CLAPTON STRAT ATTITUDE

"Slowhand" au moment de la sortie de son album Journeyman a accepté de parler de ses permiers groupes, du blues tel
qu'il le vit et de son passage à la Stratocaster.
Par dan Forte.
Tu dois être conscient des critiques du genre "tout cela a déjà été fait avant" ou "le temps des
guitar-heros est fini". Est-ce que cela t'amène parfois à rentrer en studio ou à monter sur scène en pensant "on va bien
voir qui est obsolète?"
Cela me motive pour aller au-delà de mes limites, même si cela se réduit au nombre de demi-tons que
je peux tirer sur une corde, ou à l'écart que j'introduis dans un accord. Cela dit, les critiques ne parlent pas d'après
leur vécu, tout ce qu'ils peuvent faire, c'est écouter. Pour moi, ce sont les musiciens qui comptent et je prête attention
à leur avis. La dernière fois où j'ai été blessé, c'était avec Elvis Costello. Je ne suis pas un familier de sa musique, mais
c'est un artiste sérieux. Il a déclaré que j'étais juste bon à faire des pubs télé pour la bière, que je n'avais plus rien à dire.
Venant d'un de mes pairs, cela m'a fait mal. Mais cela m'a motivé beaucoup plus que ce qu'un critique aurait pu écrire sur moi.
Quand un musicien dit du mal de moi, je veux lui prouver qu'il a tord.
Entre la période où Tim renwick tenait la guitare rythmique, et celle où tu as joué avec Mark Knopfler,
avant d'engager Andy Fairweather-Low, tu étais le seul guitariste dans ton groupe. Etait-ce difficile?
Non, j'adore cela. Il fait se sacrifier lorsqu'un aute guitariste arrive dans le groupe, d'abord en
surmontant l'attrait de la nouveauté. Avec Mark Knopfler, j'ai passé deux semaines à l'écouter sans penser à mon jeu personnel.
Ensuite, je me suis habitué à sa présence, et, sans l'ignorer, je jouais comme s'il n'y avait pas d'autre guitariste. Je suis
très égoiste, je ne laisse personne me faire de l'ombre.
Poutant en deux occasions, l'album avec Freddie King et le show TV de Buddy Guy, tu sonnais exactement
comme eux. Tu le fais exprès?
Bien sûr. Par respect pour le blues. Il serait négatid d'être sur scène avec Buddy Guy et de sortir un
solo style Led Zeppelin ! je le respecte, lui et le blues. C'est une forme de musique stricte, sévère et il faut lui prêter toute
son attention. Il y a certaines notes à jouer pendant un turnaround, ou début d'un solo ou à la fin, aussi rigoureusement que
dans la musique classique. quand je joue sérieusement avec des bluesmen, c'est ainsi que je joue. Dieu merci, j'ai suffisament
appris pendant ma jeunesse pour savoir ce qu'il ne faut pas faire, c'est encore plus important que de jouer.
A lépoque de l'album "BluesBreakers", tu citais Freddie King et Otis Rush comme inspirateurs. Quelles étaient
tes influences avant cela?
Dans les Yardbirds, nous essayons de ne pas toucher aux classiques très connus. Nous faisions des morceaux de
Snooky Prior ou Eddie Taylor, cela semblait plus original, plus qu'un tube de BB King ou Freddie King faisant hommage. Cela sonnait
comme les yardbirds parce que personne ne connaissait Prior. Toutes les chansons venaient d'un album que nous avons littéralement
pillé, une compilation intitulée "Bluesville Chicago, Vol.1", avec I wish you would, Goodmoring little schoolgirl,
Judgement day. C'était notre répertoire, on jouait cet album. J'apprenais pourtant à jouer avec les disques de Freddie King ou
Otis Rush.
Tous les disques n'arrivaient pas en Europe à l'époque. Penses-tu que cela a renforcé l'aspect
romantique de ton image du blues?
Oui, absolument. Cette histoire d'amour, cette obsession pour le blues était renforcée par le fait qu'il
était inacessible. Ayant fait quelques avancées dans ce domaine, j'étais l'un des rares à aimer cela, mais à avoir aussi un
don pur cette musique. Je faisais partie d'un club incroyablement exclusif, dont les membres étaient Keith Richard, Mick
Jagger, Peter Green, des gens qui avaient une mission. Nous étions des croisés, et c'était sécurisant pour moi, qui venait
de nulle part, d'avoir un but valable, un idéal.
Certains groupes anglais savaient se servir du blues comme rampe de lancement plutôt que comme d'un
livre sacré. Ta version de Hideaway sur l'album "BluesBreakers" en est un exemple. Etait-il difficile de trouver
d'autres musiciens capables d'aller au-delà des originaux?
Je ne cherchais pas d'autres musiciens avec qui jouer. J'avais l'esprit très compétitif, je ne pouvais
pas trouver d'autres musiciens qui aient cette facilité à interpréter les originaux. Un groupe capable de suivre mon orientation
suffisait. Peter Green et Jeff Beck était les seuls autres guitaristes à pouvoir emmener les originaux dans une autre direction.
Enfin, c'était plus particulièrement Jeff. Il y avait cette private joke entre nous deux, au sujet de la chanson Wee wee
baby sur l'album "Folk festival of the blues". Buddy Guy en joue l'intro d'une façon complètement déjantée, personne ne
semble savoir ce qui va arriver. Et Jeff avait réussi à reproduire cet effet, de manière positive et déjantée à la fois, avant
de partir dans sa direction. Les musiciens doués de ce genre de sensibilité tendent souvent à s'isoler parce qu'ils veulent
rester dans leur propre espace, où ils sont intouchables.
Pete Townshend a déclaré qu'à part toi, les Yardbirds étaient un groupe un peu faible....
Ah, bon? Mais Pete, lui avait un perspective différente. Il aimait Martha & The Vandellas, la Tamla
motown, et ce que nous faisions ne le touchait pas. Il a découvert les grands bluesmen bien plus tard. c'est un musicien
pop et je ne dis pas cela pour le déprécier, il venait d'une autre avenue. Nous pensions que I am a manétait très
commercial par rapport à ce que nous écoutions, Furry Lewis ou Jesse Fuller. Nous étions des fanatiques de country blues,
mais dans notre répertoire il fallait des guitares, de la basse, de la batterie et nous étions obligés de faire du R&B.
Quel est le premier morceua de blues électrique qui t'ait aidé à trouver "la" note bouleversante?
Sans aucun doute I love the woman par Freddie King, la face B de "Hideaway". L'extase et la peur à la
fois parce que je ne pensais jamais atteindre cette perfection. Je sais maintenant que jene l'atteindrai jamais, mais sur le
moment, l'espoir m'a donné envie de continuer. Les solos de Freddie king sont parfaits, comme des compositions en eux-mêmes. Il
n'a jamais rien joué qu'il puisse regretter ensuite.
Parmi les musiciens de blues angalis, qui sont tes préférés?
Peter Green. J'aimerais le voir sortir de sa retraite, mais je sais pas si c'est possible. Je l'ai rencontré
dans la rue voici quelques années et il n'avait pas l'air particulièrement en bonne santé, mais il était en colère contre la
vie et c'est une attitude saine, pas comme s'il était indifférent. Je l'ai invité chez moi pendant trois semaines et l'ai
écouté se plaindre de la vie et su showbiz, pendant que je jouais. Le matin, je me lève et j'écoute de la musique, opéra,
classique, guitare, blues, jazz, toutes sortes de musiques, et ensuite je joue toute la journée. Après trois semaines, j'ai vu
peter qui dansait dans le jardin, il avait vhangé. Il est parit avec un point de vue plus positif. Je le referais avec
plaisir, j'aime beaucoup Peter. La denière fois que je l'ai vu, il avait délibérement laissé pousser ses ongles pour ne pas
jouer, mais je pense qu'il s'en sortira tôt ou tard. C'est un des meilleurs, et je ne parle pas du passé, il l'est toujours,
c'est en lui.
Parlons de la chronique de tes guitares. Après la Kay Jazz II hollow-body que tu avais avec les Roosters
et Casey Jones, tu es entré dans les Yardbirds où tu utilisais une Tele, une ES-335, une Gretsch et une Fender Jazzmaster.
La Kay m'a été offerte par ma grand-mère. Avec les Yardbirds, quand nous avons commencé à gagner de l'argent,
j'ai découvert que je n'avais rien d'autre à faire que d'acheter des guitares, malheureusement je ne les ai pas gardées. J'ai toujours
la 335, c'est la plus vieille guitare de ma collection. En studio, j'utilisais surtout la Tele, bien que j'ai eu un moment
une Silverstone qui ressemblait à celle de Jimmy Reed..
Avec les BluesBreakers, tu avais une Les Paul?
Oui, mails elle m'a été volée pendant les premières représentations de Cream. J'ai donc été obligé
d'emprunter un autre Les Paul pour enregistrer l'album "Fresh Cream". J'en ai ensuite utilisé plusieurs, mais il y a 5 ans
seulement que j'ai réussi à en trouver une qui soit proche de l'originale au niveaude la forme et de la touche. Avec les
BluesBreakers, je jouais sur un ampli Marshall Combo 50 Watts et pour "Fresh Cream", j'avais un JTM 45 de 100 Watts.
Sur scène avec Cream, lorsque tu as adopté la SG/Les Paul 61 avec les motifs psychédéliques peints,
l'as-tu aussi utilisée en studio?
Oui, à partir de "Disreali Gears" et dans beaucoup d'autres séances avec Cream. C'était devenu ma
guitare principale, en fait, jusqu'à ce que je trouve la Gibson Firebird avec un seul micro. Avec Cream, je cherchais
constamment à remplacer la Les Paul volée, je jouais sur la 335, la Firebird ou la SG dont j'avais enlevé le vibrato, je
n'ai jamais pu supporter ces machins génants.
Pendant le premier concert de Blind Faith à Hyde Park, tu avais une Telecaster avec un manche de Strat.
Pourquoi?
Je n'ai jamais aimé les manches de Tele et j'ai pensé que cela sortirait de l'ordinaire, les gens se
demandaient de quelle guitare il s'agissait à cause de la tête.
Pour ton album solo et Derek & The Dominoes, tu es passé à la Strato?
Oui, une Sunburst et "Blackie". Ce sont les guitares que j'ai utilisées sur Layla.
la pluaprt des gens qui jouent sur Strat, comme Jimmie Vaughan ou Buddy Guy, ont un son "twangy",
sans trop de sustain. Mais tu joues avec énormément de sustain, cela vient de ta main gauche?
Cela et d'autres choses aussi. Comme les Fender Lace actifs
de la Strato Signature Eric Clapton. Quand je monte le volume, il n'y a
pas plus de feedback qu'à bas volume. J'utilise cette guitare en
studio, puis mes disques, et sur scène aussi.
Parlons un peu des amplis. Quels amplis avais-tu
avec les Yardbirds?
Un Vox AC-30.
Quels amplis avais-tu pendant les séances
de Layla?
Des Fenders Champs. Sur scène, c'était
des Marshall ou un Fender Showman pour retrouver le son des Champs en plus
gros. Cela n'a pas fonctionné, mais c'était l'idée
au départ.
Pendant les seventies, tu as joué sur des
amplis Music Man. etait-ce le premier ampli avec Master volume que tu
utilisais?
C'est la première fois que j'ai renconté
ce concept et aujourd'hui encore je le trouve difficile d'utilisation. Je
n'aime pas trop d'options sur un amplificateur. La simplicité d'un
vieux Fender, c'est ce que je veux. Si j'ai besoin de distorsion, je mets
simplement le volume à fond. Mais lorsqu'il y a toutes ces possibilités
de permutation, je perds trop de temps à régler les boutons
et le résultat n'est pas à la hauteur. C'est mon côté
blues.
E.C et la STRATOCASTER

Eric Clapton
Pendant les sixties, Slowhand joue sur Les Paul avec John Mayall et
Cream avant d'adopter " Blackie ", une Strato noire avec laquelle il exacerbe
son art de la déchirure ultra sensible. Montée avec des
pièces détachées provenant de trois Strato achetées
à Nashville par Clapton en 1970, c'est avec " Blackie " que Clapton
se lance dans l'aventure Derek & The Dominos. Manche maple en V pré-1957,
micros pré-CBS, " Blackie " est la guitare principale d'Eric jusqu'en
1985, année où Fender lui construit un nouveau modèle
: " Elle était tellement usée qu'elle n'aurait même
pas supportée un refrettage ". Le manche en V est alors légèrement
adouci, le chevalet d'origine est conservé et les micros sont des
Fender Lace Sensor. Cette Stratocaster deviendra le modèle " Eric
Clapton Signature " actuel.
Cette page a été réalisée
par Vuibert Jérôme le
. e-mail : cf. mon cv.
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