DIEU A LE BLUES ET SE CONFESSE...
GUITARIST MAGAZINE - 09/94
Le prochain album d'Eric Clapton atterrit sur terre le 12 septembre. Un événement en Blues majeur. Et Dieu
nous a reçus pour une interview de rêve, celle qui légitime la passion du journaliste, une rencontre
rare. Ouvrez les oreilles, et si vous étiez l'ami de Dieu ?
Par David Mead.
Eric Clapton a connu une longue et illustre carrière, avec des hauts et des bas rapportés par les media
empressés de pénétrer la tour d'ivoire qu'ils avaient aidé à construire. Tour à
tour Dieu, junkie, alcoolique, et plus récemment "prince du paradis", le Clapton d'aujourd'hui a l'air en bonne
santé, bronzé, heureux, son passé tumultueux nettoyé et blanchi par la volonté de
survivre. Les seules cicatrices apparentes sont un nerf froissé dans son épaule gauche ("C'est l'enfer, la
douleur me descend le long du bras"), et des extrémités de doigts douloureuses ("J'ai pris des
vacances et l'eau de mer attendrit mes doigts. Les seuls qui tiennent à ce niveau sont B.B King et Robert Fay. J'ai
tendance à être paresseux et il faut ensuite du temps pour reconstituer mes cals"). Eric est plus
qu'occupé actuellement par l'enregistrement d'un projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps : son nouvel
album de blues.
Comment se passent les séances de cet album?
J'enregistre autant que possible live, tout le monde ensemble dans la même pièce, section de cuivres comprise.
Nous essayons de faire le stricte minimum d'overdubs, tout ce qui est joué sera sur l'album, fautes inclues.
Comme à la grande époque du Chicago blues?
Oui, je suppose. Bien que je pense que même eux utilisaient les overdubs parfois. Mais pur que l'album soit tel que
je le veux, nous enregistrons tout en live.
Tu es un vieil habitué de ce studio..
J'ai enregistré ici plus qu'ailleurs et nous sommes pas loin de l'endroit où je suis né. Au sud, il y
a Kingston et Richmond, Londres est au nord. Nous sommes sur mon terrain et j'ai enregistré ici avec tous les
groupes dans lesquels je jouais, sauf John Mayall et les Bluesbreakers.
Te souviens-tu de ce qui t'a décidé à t'orienter vers la musique, tout au début?
La musique noire, tous les disques de blues ou de R&B. Je me rappelle avoir entendu Sonny Terry & Brownie McGhee,
Big Bill Broonzy, Chuck Berry, Bo Diddley, sans rien connaître de la géographie ou de l'histoire de leur
musique. J'ai ensuite découvert qu'ils étaient noirs, du Sud profond, et ce fut le début de mon
éducation, la seule que j'ai jamais eue, découvrir et approfondir ma connaissance du blues. J'ai
été élevé dans une "art school', mais cela n'a pas retenu mon attention comme l'a fait le
blues. Dans ce domaine je voulais TOUT savoir. J'ai passé toute mon adolescence à étudier cette
musique, sa géographie, sa chronologie, ses racines, ses différentes influences régionales,
l'interaction entre les bluesmen, combien de temps ils ont vécu, leur rapidité à apprendre, leurs
chansons originales, les reprises… En même temps, j'apprenais à jouer et à appliquer la philosophie du
blues à ma vie. Mais je ne me prenais pas au sérieux, c'est seulement quand des gens ont montré un
intérêt pour mon jeu que j'ai réalisé que je pouvais en vivre.
Mais la guitare? Quand l'as-tu entendue pour la première fois en te disant : c'est ce que je veux jouer?
C'était sur le premier disques d'Elvis et de Buddy Holly. Si le son de la guitare était
électrifié, je voulais l'écouter. J'étais intéressé par les rockers blancs
jusqu'à ce que j'entende Freddie King. J'ai tout de suite compris que c'était mon domaine musical.
C'était un jeu de guitare sérieux et correct et je n'ai pas changé d'avis depuis. J'écoute
encore Freddie King dans ma voiture, chez moi, et c'est toujours le même flash.
Ta première guitare était une Hoyer, n'est ce pas?
Oui, une Hoyer acoustique du magasin Bell's, à Surbiton. Elle avait l'air d'une guitare à cordes nylon, mais
les cordes étaient en acier. Une étrange combinaison. Après cela, j'ai eu ma première guitare
électrique, une Kay à double échancrure. Je l'ai achetée parce que'Alexis kroner avait la
même.
Elle n'a pas duré très longtemps puisqu'au début des Yardbirds, tu jouais sur une Gretsch.
La Gretsch n'a pas tenu le coup. Le manche s'est vrillé et il n'y avait pas grand chose à faire, même
avec la tige de réglagle. L'action des cordes était de plus en plus haute. Je me rappelle avoir peint cette
Gretsch en noir pour la rendre méconnaissable. Avec les Yardbirds, j'ai ensuite eu une ES335 TDC, puis je suis
passé aux Fender, une Telecaster et une Jazzmaster.
Comment était-ce quand tu as commencé à jouer dans les clubs?
Il n'y avait pas de compétition, juste quelques groupes, et quiconque pouvant jouer Sam&Dave, Stax ou Motown,
était un maître. Je venais du blues, et le R&B descend du blues, donc je me sentais protégé,
mentalement. Même en jouant à demi-convaincant, tu étais le boss. Si tu étais vraiment bon, tu
avais du travail bien payé tout le temps et du succès. C'était facile, si tu avais le goût
musical nécesaire.
Au début des sixties, personne n'arrivait à reproduire le son des disques avec les amplis britanniques.
Comment as-tu résolu cela?
En mettant le volume à fond ! la solution évidente était de pousser l'ampli et de jouer aussi fort
que possible jusqu'au point limite de rupture. Quand j'ai enregistré l'album "Bluesbreakers" avec John Mayall, le
son était horrible si le micro était trop près de l'ampli. Nous le placions donc assez loin, pour
avoir le son de la pièce, avec l'ampli en feedback. C'est là que j'ai découvert les Marshall.
Comment vois-tu cette période? Mark Knopfler dit qu'il regrette le temps où il pouvait arriver dans un club
avec juste un ampli et une guitare.
C'est vrai. Mais je ne me vois pas le faire aujourd'hui. D'ailleurs, à chaque fois que j'arrive dans un club, je
crois que l'on va me demander de jouer, mais cela arrive rarement. Pendant les sixties, si tu allais voir un groupe dans un
club, tu les connaissais, il n'y avait pas d'intimidation ni inhibition. C'est cette camaraderie que je regrette. Il y
avait de la compétition mais c'était amical. Aujourd'hui, je ne sais pas ce que l'on pense de moi, j'ai eu
ma période "dinosaure" voici déjà dix ans. Que puis-je bien représenter pour les jeunes
guitaristes? J'en ai aucune idée. Je ne sais rien de leur façon de penser, de leurs influences, qui n'ont
probablement rien à voir avec ma contribution.
Parlons du courant "Clapton is God"? Etais-tu à l'aise avec cela?
Pour être honnête, je pensais que c'était justifié ! (rire) Je suppose que je le méritais
parce que je faisais les choses sérieusement. J'étais très sérieux, je pensais que les autres
n'étaient là que pour passer à Top Of The Pops, pour tomber les filles, ou pour d'autres tortueuses
raisons. Alors que pour moi, j'étais là pour sauver le monde ! Je voulais que le monde découvre le
blues, c'était ma mission. Et je me disais, oui je SUIS Dieu. J'avais la grosse tête en fait. J'étais
hyper-arrogant et pas vraiment facile à vivre avec ma supériorité et mes jugements. Je n'avais pas de
temps à accorder au reste.
Avant cela, tu as joué avec Muddy Waters. Comment es-ce arrivé?
C'est Mike Vernon qui a organisé la séance. Il a fait venir Muddy Waters en studio et je me rappelle que
j'étais incroyablement apeuré, maladroit et dépassé. Le blues connaissait des changements
étranges : si tu jouais électrique, tu étais un vendu. Josh White avait beaucoup tourné en
Europe, Big Bill Broonzy aussi, mais Josh est arrivé en dernier et a ramassé la mise. Il chantait des trucs
comme "Down The Riverside" ou "Scarlett Ribbons". C'était du blues variété, du folk, et ça se
jouait acoustique. Puis Sonny Terry & Brownie McGhee sont venus et jouais acoustique également. Muddy Waters
avait tourné bien avant, en 58, avec une guitare électrique, mais n'avait pas été bien
reçu. Peu de gens l'appréciaient, seuls les puristes connaissaient le blues de Chicago. Quand je me suis
retrouvé en studio avec lui, je me suis senti stupide, parce que j'étais un petit garçon essayant de
jouer une musique d'hommes. Et les hommes en question étaient devant moi, dans la force de l'âge, ils avaient
réussi ce que j'essayais encore de faire. Je me sentais gauche et parano, mais j'étais reconnaissant de
l'opportunité qui m'était offerte.
On pense souvent que tu es resté longtemps avec les Yardbirds ou les Bluesbreakers, alors que ce n'est que quelques
mois…
Tout cela est arrivé relativement vite. Cream n'a duré que 18 mois et même avec John Mayall, je
n'étais là que la moitié du temps. J'étais complètement irresponsable, souvent absent,
c'est ainsi que Perter Green m'a remplacé, par ce que je n'étais pas là. Je suis allé voir John
pour m'excuser, l'année dernière…
Et puis il y a eu l'incident des Glands, ce groupe que tu avais formé pour aller jouer en Grèce pendant
l'été.
Oui, je me suis tiré, en laissant John tout seul.
Comment vois-tu la période Cream? Ces 18 mois ont du être intenses?
C'était TRES intense et j'ai encore l'impression que nous sommes restés ensemble trois ou quatre ans, alors
que ce fut très court. Mon sentiment général est que c'était une glorieuse erreur. Avant de
commencer, j'avais une idée complètement différente de ce que Cream devait être. Le
résultat a été merveilleux, mais bien éloigné de ce que cela aurait du être.
Cream devait être ton groupe, c'est ça?
Ce devait être un trio de blues, oui. Mais je n'ai jamais su prendre le contrôle. Jack et Ginger étaient
les personnalités dominantes, ils montaient le show et je n'étais que le guitariste. J'ai fini par accepter
le fait et j'en ai tiré du plaisir, mais ce n'était rien à côté de ce que j'avais
espéré.
Tu as été invité sur beaucoup d'albums, mais le plus bizarre doit être ta contribution à
"We're only in it for the money" de Frank Zappa & the Mothers Of Invention.
Nous étions amis. Je l'ai rencontré quand je suis allé à New York avec Cream et les Who, pour
le show de DJ Murray the K. Les Fugs et les Mothers jouaient dans Greenwich Village, B.B King était au Cafe A Go Go.
New York était incroyable, les Mothers jouaient au Garrick Theater et personne ne venait les voir! Ils
expérimentaient chaque soir, faisaient monter sur scène des vieilles dames de la rue avec leurs sacs en
plastique, ou des marines en permission. Frank Zappa s'asseyait dans le public pendant que le groupe continuait à
jouer. C'était de la folie. Il ma emmené chez lui un soir, a sorti un Revox, et m'a dit de jouer tous les
riffs que je connaissais. J'ai pensé que c'était gentil de sa part de s'intéresser à mon jeu et
j'étais plutôt flatté parce que je rencontrais un intellectuel de la musique. Il était
très manipulateur, il a su faire appel à mon ego et à ma vanité, et j'ai tout mis sur la bande.
Je crois qu'il avait bande sur bande d'artistes différents exposant leurs styles. Quand je suis revenu aux
Etats-Unis, je l'ai appelé et il m'a invité en studio. Il voulait que je monte dans un piano pour parler, il
y est monté le premier et il m'a dit "Je veux que tu te prennes pour Eric Burdon sous acide !". Et c'est ce que j'ai
fait, je prononçais des phrases comme, je peux voir Dieu, tout ça. Avec lui, je me sentais hip et avant-garde,
mais c'était toujours bizarre et drôle.
Une autre fois à L.A., je savais qu'il donnait une party. J'y suis allé et dès que la porte s'est
ouverte, quelqu'un m'a mis une guitare dans les mains. Elle était déjà branchée, ils
étaient prévenus et m'attendaient, j'avais marché droit dans le piège ! Plus tard encore, je
suis allé le voir en concert et il m'a invité à jouer. Lorsque j'ai commencé mon solo, il a
fait ses fameux signaux de la main en direction du groupe et ils ont changé de tempo un bonne dizaine de fois. Je ne
savais plus où j'en étais, complètement perdu ! Je l'aimais beaucoup, c'était un homme
merveilleux.
Avec le recul, vois-tu objectivement le guitariste que tu étais?
Oui, je pense que ce que je jouais était OK jusqu'à ce que l'alcool et les drogues compliquent la situation.
Je ne crois pas que mes capacités d'instrumentistes se soient améliorées ou
détériorées depuis. Je viens juste d'enregistrer un blues de Freddie King, et le son n'est pas plus
dur ou plus rapide que ce que je faisais avec John Mayall ou Cream, un peu plus prolixe et confiant, peut être.
Mais, il est clair qu'à cette époque, j'étais créatif, comme maintenant, puis il y a eu une
longue période où je voulais abandonner, de la fin des sixties jusqu'aux années 80. J'étais en
vacances et être musicien n'était qu'un moyen de payer ces vacances.
Cette période commence avec la mort de Jimi. Ce n'est pas une coïncidence?
Non, c'est arrivé d'une façon bizarre. Les sixties étaient des années super et nous utilisions
les drogues récréativement. Nous avions l'impression de pouvoir nous en passer, nous n'en prenions que le
week-end. Tu prenais un acide, puis tu n'y touchais plus pendant quelques temps. Puis tout le monde s'est défoncé,
tout le temps, je crois que cela a ouvert la porte au punk parce qu'il n'y a vait plus aucune continuité avec la musique
créée dans les sixties. Tout s'est compliqué et nous nous sommes perdus, ce qui a précipité
l'anarchie, l'amertume et la colère qui ont suivi. Les musiciens des seventies n'avaient pas un héritage musical
bien défini. Les Sex Pistols combattaient l'indulgence et l'attitude bigote des sixties.
Le public n'a jamais réalisé que Jimi étais un bluesman. C'est maintenant évident, mais
à l'époque personne n'y pensait.
Je sais. Ils préféraient le Band of Gypsys, ou d'autres périodes de sa musique pour la
créativité ou le succès. Mais la base de son jeu a toujours été le blues et il faisait
une fixation sur le fait qu'il s'était vendu, il s'en voulait d'avoir accepté. Il pensait qu'il était
trop commercial, et pourtant il ne pouvait pas s'en empêcher. J'étais très jaloux de Jimi, très
possessif envers lui de son vivant et quand il est mort, je le suis devenu encore plus. Quand les gens me parlaient de lui,
je leur tournais le dos, j'étais en colère comme s'ils me parlaient de mon ex-fiancée ou d'un
frère décédé. Je le connaissais bien et cela me faisait de la peine de les entendre parler
comme s'ils avaient vécu avec lui. Il m'a fallu du temps, un très long temps pour être à nouveau
capable de prendre une guitare et de jouer une chanson d'Hendrix.
Quand tu as choisi la Strat, c'était un hommage conscient à Jimi de ta part?
Oui. Après sa mort, j'ai senti qu'il devait y avoir une continuité. Mais c'est aussi parce que j'ai vu Stevie
Winwood au Marquee, il jouait sur une Strat maple neck et je me suis dit…
Quand as-tu commencé à jouer du slide?
Je jouais déjà du slide acoustique dans les pubs, à mes débuts. J'essayais de sonner comme
Furry Lewis, Muddy Waters, et les bluesmen ruraux primitifs. J'y reviens de temps en temps, j'ai enregistré deux
chansons d'Elmore James pour mon nouvel album. Duane Allman m'a beaucoup influencé pour le slide électrique,
même si je n'en joue pas souvent.
Comment as-tu rencontré Duane?
Well, j'avais commencé à travailler sur l'album de Derek and The Dominos, mais le son était trop
unidimensionnel et il y avait de la frustration dans l'air. Le producteur Tom Dowd, qui savait que j'appréciais le
solo de Duane sur la version de "Hey Jude" de Wilson Pickett m'a emmené voir les Allman en concert au Coconut Grove
et nous a présentés. Ensuite, je l'ai invité en studio et je l'ai gardé. Beaucoup de ses
chansons, comme "Key to the highway" ou "Nobody knows you're down and out", sont des premières ou secondes prises.
Ensuite il fallait que je pense vite à quelque chose d'autre pour le garder en studio. Je savais qu'il allait
revenir aux Allaman tôt ou tard, mais je voulais le leur voler. Il a joué quelques concerts avec moi.
Finalement il m'a dit qu'il était marié au groupe et qu'il ne pouvait pas rester avec moi. J'en ai eu le cœur
brisé ! Je m'étais habitué à lui et après cela, j'ai toujours eu besoin d'un
deuxième guitariste. J'ai eu Neil Schon pendant quelques temps, mais les Dominos ont splitté ensuite.
Ce fut le début de ta période sombre…
Je ne sais pas si c'est vraiment à cause des drogues. Je voulais me retirer parce que j'avais beaucoup
travaillé et c'est ce que j'ai fait. Je n'avais plus l'enthousiasme nécessaire. Mon jeu de guitare passait au
second plan, j'en avais assez de "La légende", je voulais être autre chose, sans savoir quoi. Lorsque je suis
revenu, je l'ai fait avec un point de vue différent, j'ai abordé le reggae avec "I shot the sheriff".
Musicalement, j'étais comme un gamin dans une magasin de bonbons. Humainement, c'était autre chose.
Cette période a pris fin en 84/85 avec des projets comme l'album de Roger Waters "The pros and cons", et le concert
live Aid qui t'a remis dans l'oœil du public. Cela t'a surpris?
Oui. Je suis assez effacé, de nature, et lorsqu'ils m'ont dit que je passais en vedette, je n'ai pas compris. Qui,
moi? La réception du public était fabuleuse et à partir de ce moment, j'ai grandi dans ma propre
estime.
Est ce que le succès d'"Unplugged" t'a surpris?
Je dois admettre que je le trouve un peu artificiellement élaboré. Je veux dire, l'album n'est pas
fantastique. Ceci dit j'apprécie le geste du public américain, mais je crois que le succès
était hors de proportion avec la performance. Terrifiant aussi : si je l'avais vraiment pris au sérieux, cela
aurait pu être la fin de ma carrière.
Aux concerts de l'Albert Hall, cette année, tu avais une Les Paul, une Gibson L5 et une Byrdland. Les utilises-tu
sur ton nouvel album de blues?
Oui. Cet album respecte autant que possible le son des originaux. Quand je joue, je suis loi-même essayant
d'être Freddie King. Bien sûr cela finit par sonner comme moi, mais je fais de mon mieux. La méthode
d'enregistrement par exemple, live, avec tout le monde dans le studio, cuivres inclus, les guitares sur lesquelles je
joue, la façon dont je chante, tout est authentique. Non pas pour copier le disque de très près, mais
pour la charge émotionnelle que j'ai ressentie.
Chanter "Tears in heaven" et "The circus left town", qui sont dédiées à ton fils
décédé, doit être difficile?
J'ai été au bord des sanglots sur scène, parfois. Mais je ne veux pas m'arrêter, ce serait
embarrassant. Mais en même temps, je ne peux pas prétendre que ce sont des chansons comme les autres. Alors,
je marche sur le fil, comme le funambule. Il faut beaucoup de discipline et de concentration pour rester sur la corde.
Vas-tu enregistrer "The circus left town"?
Oui. Je voulais enregistrer un autre disque et le sortit en double avec l'album de blues, mais le label n'est pas
d'accord. Il y a une autre chanson, "My father's eyes" que j'ai joué dans "Unplugged", mais qui n'est pas sur
l'album. J'ai reçu d'autres morceaux plus rock'n'roll et ils seront peut être dans l'album studio suivant.
Mais en ce moment ma préoccupation est le blues et l'authenticité.
Le blues moderne t'émeut-il de la même façon?
Oh oui. En fait, j'aimerais faire une ou deux chansons de Robert Cray, un grand chanteur, auteur et guitariste aussi.
Quels conseils donnerais-tu aux guitaristes d'aujourd'hui?
Ecoutez les racines ! J'ai rencontré beaucoup de guitaristes ces 15 dernières années et la plupart
d'entre eux ignorent leurs racines - ils croient que cela vient de Jimmy Page, Jeff Back, B.B King ou Buddy Guy. Mais cela
vient de bien plus loin, et si vous écoutez Robert Johnson, Blind Lemon Jefferson, Blind Blake, Blind Boy Fuller,
Blind Willie Johnson ou Blind Willie McTell, vous découvrirez qu'ils ont tous quelque chose qui mène
à la musique d'aujourd'hui. Nous pouvez prendre n'importe lequel de ces blues, le faire VOTRE, alors qu'avec les
musiciens des générations suivantes comme Jimmy Page, c'est presqu'impossible. J'ai écouté King
Oliver, Louis Armstrong et Jelly Roll Morton, puis Thelonious Monk, Charlie Mingus, John Coltrane et Archie Shepp, j'ai
écouté tot ce qui venait du blues et qui n'est pas forcément dans le cadre du blues formel.
La plupart de ces artistes sont des jazzmen…
Sûrement, mais ils ne reconnaissaient que si tu ne peux pas jouer le blues, tu auras des difficultés avec le
jazz. Aujourd'hui encore, j'écoute Leroy Carr et Scrapper Blackwell pour leur beauté et simplicité et
pour avoir le feeling, parce que c'est ce qui est important. Rien à voir avec la technique, l'instrument, le nombre
de cordes, la vitesse d'exécution, le volume d'électricité ou la qualité acoustique : c'est le
feeling qui compte, et comment tu réagis émotionnellement en jouant.
Tu as dit que tu avais deux ambitions dans la vie : jouer dans un solo une seule note qui peut amener le public au bord
des larmes, et coucher avec 10000 femmes. As-tu réussi à …
Non. Et je n'ai pas couché avec 10000 femmes non plus ! Il me reste encore à réaliser ces deux
ambitions… si je vis assez longtemps.
Le son d'Eric Clapton est une référence. Au cours de sa carrière, Eric Clapton a utilisé
successivement des Gibson Les Paul ou SG, des Explorer, etc... avant de se fixer sur une Strat', la fameuse "Blackie" qui
est en fait un assemblage fait de pièces de Plusieurs Stratocaster vintage. Le Custom Shop Fender a
ensuite réalisé un modèle Eric Clapton, très proche des spécifications techniques de
"Blackie", et c'est ce modèle qu'Eric utilise aujourd'hui. Pour sonner comme God, l'idéal serait bien
sûr, de posséder une Fender Stratocaster modèle Eric Clapton, un ampli deux-corps Soldano, et une
simple pédale Wah Wah. Sachez toutefois qu'Eric a très longtemps joué sur des Marshall qui sont
quand même, plus abordables pour le commun des mortels. Une bonne guitare équipée de micros simple
bobinage avec un niveau de sortie conséquent fera également très bien l'affaire. Eric Clapton opte
généralement pour un crunch léger en rythmique, s'en remettant le plus souvent aux contrôles de
sa guitare et à son attaque main droite pour faire le son. Pour peu que vous en fassiez autant le patch suivant
pourrait vous être utilise dans toutes les configurations, qu'il s'agisse de l'intro de " Layla -, du riff de -
Cocaine - ou encore des chorus de "White Room" ou de "Bad Love". N'en oubliez pas, pour autant, de bien étudier le
phrasé du maître et veillez, en particulier, à la justesse des bends (notes tirées) qui sont
l'une des pierres angulaires du style Clapton.
Chorus
Rate : 38
Depth : 58
Level : 54
Pre Delay : 35
Feedback : 0
Turbo Overdrive
Level : 50
Tone :100
Drive 42
Turbo : Off
Digital delay
Time : 184 ms
Regen : 53
Level : 38
Egaliseur
Bass : + 50
Mid : + 45
Treb : + 28
Level : + 70
Olivier Galan
Vous trouverez dans ce numéro tout sur Comment jouer Cocaine.

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