DIEU A LE BLUES ET SE CONFESSE...

GUITARIST MAGAZINE - 09/94





Dieu descend sur Terre




Le prochain album d'Eric Clapton atterrit sur terre le 12 septembre. Un événement en Blues majeur. Et Dieu nous a reçus pour une interview de rêve, celle qui légitime la passion du journaliste, une rencontre rare. Ouvrez les oreilles, et si vous étiez l'ami de Dieu ?

Par David Mead.



Eric Clapton a connu une longue et illustre carrière, avec des hauts et des bas rapportés par les media empressés de pénétrer la tour d'ivoire qu'ils avaient aidé à construire. Tour à tour Dieu, junkie, alcoolique, et plus récemment "prince du paradis", le Clapton d'aujourd'hui a l'air en bonne santé, bronzé, heureux, son passé tumultueux nettoyé et blanchi par la volonté de survivre. Les seules cicatrices apparentes sont un nerf froissé dans son épaule gauche ("C'est l'enfer, la douleur me descend le long du bras"), et des extrémités de doigts douloureuses ("J'ai pris des vacances et l'eau de mer attendrit mes doigts. Les seuls qui tiennent à ce niveau sont B.B King et Robert Fay. J'ai tendance à être paresseux et il faut ensuite du temps pour reconstituer mes cals"). Eric est plus qu'occupé actuellement par l'enregistrement d'un projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps : son nouvel album de blues.

Comment se passent les séances de cet album?
J'enregistre autant que possible live, tout le monde ensemble dans la même pièce, section de cuivres comprise. Nous essayons de faire le stricte minimum d'overdubs, tout ce qui est joué sera sur l'album, fautes inclues.

Comme à la grande époque du Chicago blues?
Oui, je suppose. Bien que je pense que même eux utilisaient les overdubs parfois. Mais pur que l'album soit tel que je le veux, nous enregistrons tout en live.

Tu es un vieil habitué de ce studio..
J'ai enregistré ici plus qu'ailleurs et nous sommes pas loin de l'endroit où je suis né. Au sud, il y a Kingston et Richmond, Londres est au nord. Nous sommes sur mon terrain et j'ai enregistré ici avec tous les groupes dans lesquels je jouais, sauf John Mayall et les Bluesbreakers.

Te souviens-tu de ce qui t'a décidé à t'orienter vers la musique, tout au début?
La musique noire, tous les disques de blues ou de R&B. Je me rappelle avoir entendu Sonny Terry & Brownie McGhee, Big Bill Broonzy, Chuck Berry, Bo Diddley, sans rien connaître de la géographie ou de l'histoire de leur musique. J'ai ensuite découvert qu'ils étaient noirs, du Sud profond, et ce fut le début de mon éducation, la seule que j'ai jamais eue, découvrir et approfondir ma connaissance du blues. J'ai été élevé dans une "art school', mais cela n'a pas retenu mon attention comme l'a fait le blues. Dans ce domaine je voulais TOUT savoir. J'ai passé toute mon adolescence à étudier cette musique, sa géographie, sa chronologie, ses racines, ses différentes influences régionales, l'interaction entre les bluesmen, combien de temps ils ont vécu, leur rapidité à apprendre, leurs chansons originales, les reprises… En même temps, j'apprenais à jouer et à appliquer la philosophie du blues à ma vie. Mais je ne me prenais pas au sérieux, c'est seulement quand des gens ont montré un intérêt pour mon jeu que j'ai réalisé que je pouvais en vivre.

Mais la guitare? Quand l'as-tu entendue pour la première fois en te disant : c'est ce que je veux jouer?
C'était sur le premier disques d'Elvis et de Buddy Holly. Si le son de la guitare était électrifié, je voulais l'écouter. J'étais intéressé par les rockers blancs jusqu'à ce que j'entende Freddie King. J'ai tout de suite compris que c'était mon domaine musical. C'était un jeu de guitare sérieux et correct et je n'ai pas changé d'avis depuis. J'écoute encore Freddie King dans ma voiture, chez moi, et c'est toujours le même flash.

Ta première guitare était une Hoyer, n'est ce pas?
Oui, une Hoyer acoustique du magasin Bell's, à Surbiton. Elle avait l'air d'une guitare à cordes nylon, mais les cordes étaient en acier. Une étrange combinaison. Après cela, j'ai eu ma première guitare électrique, une Kay à double échancrure. Je l'ai achetée parce que'Alexis kroner avait la même.

Elle n'a pas duré très longtemps puisqu'au début des Yardbirds, tu jouais sur une Gretsch.
La Gretsch n'a pas tenu le coup. Le manche s'est vrillé et il n'y avait pas grand chose à faire, même avec la tige de réglagle. L'action des cordes était de plus en plus haute. Je me rappelle avoir peint cette Gretsch en noir pour la rendre méconnaissable. Avec les Yardbirds, j'ai ensuite eu une ES335 TDC, puis je suis passé aux Fender, une Telecaster et une Jazzmaster.

Comment était-ce quand tu as commencé à jouer dans les clubs?
Il n'y avait pas de compétition, juste quelques groupes, et quiconque pouvant jouer Sam&Dave, Stax ou Motown, était un maître. Je venais du blues, et le R&B descend du blues, donc je me sentais protégé, mentalement. Même en jouant à demi-convaincant, tu étais le boss. Si tu étais vraiment bon, tu avais du travail bien payé tout le temps et du succès. C'était facile, si tu avais le goût musical nécesaire.

Au début des sixties, personne n'arrivait à reproduire le son des disques avec les amplis britanniques. Comment as-tu résolu cela?
En mettant le volume à fond ! la solution évidente était de pousser l'ampli et de jouer aussi fort que possible jusqu'au point limite de rupture. Quand j'ai enregistré l'album "Bluesbreakers" avec John Mayall, le son était horrible si le micro était trop près de l'ampli. Nous le placions donc assez loin, pour avoir le son de la pièce, avec l'ampli en feedback. C'est là que j'ai découvert les Marshall.

Quels amplis utilisais-tu avant les Bluesbreakers?
Des Vox AC30, mais ils ne me plaisaient pas trop. Trop aigus, pas de médium. Leur distorsion n'était pas attirante, jamais consistante, juste à la limite du décrochage.

Comment vois-tu cette période? Mark Knopfler dit qu'il regrette le temps où il pouvait arriver dans un club avec juste un ampli et une guitare.
C'est vrai. Mais je ne me vois pas le faire aujourd'hui. D'ailleurs, à chaque fois que j'arrive dans un club, je crois que l'on va me demander de jouer, mais cela arrive rarement. Pendant les sixties, si tu allais voir un groupe dans un club, tu les connaissais, il n'y avait pas d'intimidation ni inhibition. C'est cette camaraderie que je regrette. Il y avait de la compétition mais c'était amical. Aujourd'hui, je ne sais pas ce que l'on pense de moi, j'ai eu ma période "dinosaure" voici déjà dix ans. Que puis-je bien représenter pour les jeunes guitaristes? J'en ai aucune idée. Je ne sais rien de leur façon de penser, de leurs influences, qui n'ont probablement rien à voir avec ma contribution.

Parlons du courant "Clapton is God"? Etais-tu à l'aise avec cela?
Pour être honnête, je pensais que c'était justifié ! (rire) Je suppose que je le méritais parce que je faisais les choses sérieusement. J'étais très sérieux, je pensais que les autres n'étaient là que pour passer à Top Of The Pops, pour tomber les filles, ou pour d'autres tortueuses raisons. Alors que pour moi, j'étais là pour sauver le monde ! Je voulais que le monde découvre le blues, c'était ma mission. Et je me disais, oui je SUIS Dieu. J'avais la grosse tête en fait. J'étais hyper-arrogant et pas vraiment facile à vivre avec ma supériorité et mes jugements. Je n'avais pas de temps à accorder au reste.

Avant cela, tu as joué avec Muddy Waters. Comment es-ce arrivé?
C'est Mike Vernon qui a organisé la séance. Il a fait venir Muddy Waters en studio et je me rappelle que j'étais incroyablement apeuré, maladroit et dépassé. Le blues connaissait des changements étranges : si tu jouais électrique, tu étais un vendu. Josh White avait beaucoup tourné en Europe, Big Bill Broonzy aussi, mais Josh est arrivé en dernier et a ramassé la mise. Il chantait des trucs comme "Down The Riverside" ou "Scarlett Ribbons". C'était du blues variété, du folk, et ça se jouait acoustique. Puis Sonny Terry & Brownie McGhee sont venus et jouais acoustique également. Muddy Waters avait tourné bien avant, en 58, avec une guitare électrique, mais n'avait pas été bien reçu. Peu de gens l'appréciaient, seuls les puristes connaissaient le blues de Chicago. Quand je me suis retrouvé en studio avec lui, je me suis senti stupide, parce que j'étais un petit garçon essayant de jouer une musique d'hommes. Et les hommes en question étaient devant moi, dans la force de l'âge, ils avaient réussi ce que j'essayais encore de faire. Je me sentais gauche et parano, mais j'étais reconnaissant de l'opportunité qui m'était offerte.

On pense souvent que tu es resté longtemps avec les Yardbirds ou les Bluesbreakers, alors que ce n'est que quelques mois…
Tout cela est arrivé relativement vite. Cream n'a duré que 18 mois et même avec John Mayall, je n'étais là que la moitié du temps. J'étais complètement irresponsable, souvent absent, c'est ainsi que Perter Green m'a remplacé, par ce que je n'étais pas là. Je suis allé voir John pour m'excuser, l'année dernière…

Et puis il y a eu l'incident des Glands, ce groupe que tu avais formé pour aller jouer en Grèce pendant l'été.
Oui, je me suis tiré, en laissant John tout seul.

Comment vois-tu la période Cream? Ces 18 mois ont du être intenses?
C'était TRES intense et j'ai encore l'impression que nous sommes restés ensemble trois ou quatre ans, alors que ce fut très court. Mon sentiment général est que c'était une glorieuse erreur. Avant de commencer, j'avais une idée complètement différente de ce que Cream devait être. Le résultat a été merveilleux, mais bien éloigné de ce que cela aurait du être.

Cream devait être ton groupe, c'est ça?
Ce devait être un trio de blues, oui. Mais je n'ai jamais su prendre le contrôle. Jack et Ginger étaient les personnalités dominantes, ils montaient le show et je n'étais que le guitariste. J'ai fini par accepter le fait et j'en ai tiré du plaisir, mais ce n'était rien à côté de ce que j'avais espéré.

Avec Cream, tu jouais Gibson sur toute la gamme, Firebird, Les Paul, 335, la fameuse SG psychédélique. Quelles étaient tes favorites?
J'ai toujours cette 335 et je l'adore, je la sors de temps en temps. La Firebird était bien, j'ai eu de bons moments en la jouant, le micro unique avait un son fantastique. C'est la SG qui a duré la plus longtemps, c'était un instrument très puissant et confortable, à cause de sa légèreté et du manche plat et large. Avec les humbuckers en plus, elle avait tout ce qu'il me fallait à ce moment.

Tu as été invité sur beaucoup d'albums, mais le plus bizarre doit être ta contribution à "We're only in it for the money" de Frank Zappa & the Mothers Of Invention.
Nous étions amis. Je l'ai rencontré quand je suis allé à New York avec Cream et les Who, pour le show de DJ Murray the K. Les Fugs et les Mothers jouaient dans Greenwich Village, B.B King était au Cafe A Go Go. New York était incroyable, les Mothers jouaient au Garrick Theater et personne ne venait les voir! Ils expérimentaient chaque soir, faisaient monter sur scène des vieilles dames de la rue avec leurs sacs en plastique, ou des marines en permission. Frank Zappa s'asseyait dans le public pendant que le groupe continuait à jouer. C'était de la folie. Il ma emmené chez lui un soir, a sorti un Revox, et m'a dit de jouer tous les riffs que je connaissais. J'ai pensé que c'était gentil de sa part de s'intéresser à mon jeu et j'étais plutôt flatté parce que je rencontrais un intellectuel de la musique. Il était très manipulateur, il a su faire appel à mon ego et à ma vanité, et j'ai tout mis sur la bande. Je crois qu'il avait bande sur bande d'artistes différents exposant leurs styles. Quand je suis revenu aux Etats-Unis, je l'ai appelé et il m'a invité en studio. Il voulait que je monte dans un piano pour parler, il y est monté le premier et il m'a dit "Je veux que tu te prennes pour Eric Burdon sous acide !". Et c'est ce que j'ai fait, je prononçais des phrases comme, je peux voir Dieu, tout ça. Avec lui, je me sentais hip et avant-garde, mais c'était toujours bizarre et drôle.
Une autre fois à L.A., je savais qu'il donnait une party. J'y suis allé et dès que la porte s'est ouverte, quelqu'un m'a mis une guitare dans les mains. Elle était déjà branchée, ils étaient prévenus et m'attendaient, j'avais marché droit dans le piège ! Plus tard encore, je suis allé le voir en concert et il m'a invité à jouer. Lorsque j'ai commencé mon solo, il a fait ses fameux signaux de la main en direction du groupe et ils ont changé de tempo un bonne dizaine de fois. Je ne savais plus où j'en étais, complètement perdu ! Je l'aimais beaucoup, c'était un homme merveilleux.


Avec le recul, vois-tu objectivement le guitariste que tu étais?
Oui, je pense que ce que je jouais était OK jusqu'à ce que l'alcool et les drogues compliquent la situation. Je ne crois pas que mes capacités d'instrumentistes se soient améliorées ou détériorées depuis. Je viens juste d'enregistrer un blues de Freddie King, et le son n'est pas plus dur ou plus rapide que ce que je faisais avec John Mayall ou Cream, un peu plus prolixe et confiant, peut être. Mais, il est clair qu'à cette époque, j'étais créatif, comme maintenant, puis il y a eu une longue période où je voulais abandonner, de la fin des sixties jusqu'aux années 80. J'étais en vacances et être musicien n'était qu'un moyen de payer ces vacances.

Cette période commence avec la mort de Jimi. Ce n'est pas une coïncidence?
Non, c'est arrivé d'une façon bizarre. Les sixties étaient des années super et nous utilisions les drogues récréativement. Nous avions l'impression de pouvoir nous en passer, nous n'en prenions que le week-end. Tu prenais un acide, puis tu n'y touchais plus pendant quelques temps. Puis tout le monde s'est défoncé, tout le temps, je crois que cela a ouvert la porte au punk parce qu'il n'y a vait plus aucune continuité avec la musique créée dans les sixties. Tout s'est compliqué et nous nous sommes perdus, ce qui a précipité l'anarchie, l'amertume et la colère qui ont suivi. Les musiciens des seventies n'avaient pas un héritage musical bien défini. Les Sex Pistols combattaient l'indulgence et l'attitude bigote des sixties.

Jimi a jammé avec Cream?
La première fois que je l'ai rencontré, nous jouions à la London Central Polytechnic. Le promoteur a invité Chas Chandler, qui est venu avec Jimi. Il était là depuis quelques jours seulement, et il a jammé avec nous sur quelques morceaux de Howlin' Wolf. Il était incroyable. Je pensais : "Oh non, il est exactement ce que j'essaie de devenir, c'est insupportable". D'un autre côté, j'étais transporté. Ce fut difficile, mais il a bien fallu que je me rende à l'évidence, il était fantastique. Nous sommes immédiatement devenus amis.

Le public n'a jamais réalisé que Jimi étais un bluesman. C'est maintenant évident, mais à l'époque personne n'y pensait.
Je sais. Ils préféraient le Band of Gypsys, ou d'autres périodes de sa musique pour la créativité ou le succès. Mais la base de son jeu a toujours été le blues et il faisait une fixation sur le fait qu'il s'était vendu, il s'en voulait d'avoir accepté. Il pensait qu'il était trop commercial, et pourtant il ne pouvait pas s'en empêcher. J'étais très jaloux de Jimi, très possessif envers lui de son vivant et quand il est mort, je le suis devenu encore plus. Quand les gens me parlaient de lui, je leur tournais le dos, j'étais en colère comme s'ils me parlaient de mon ex-fiancée ou d'un frère décédé. Je le connaissais bien et cela me faisait de la peine de les entendre parler comme s'ils avaient vécu avec lui. Il m'a fallu du temps, un très long temps pour être à nouveau capable de prendre une guitare et de jouer une chanson d'Hendrix.

Quand tu as choisi la Strat, c'était un hommage conscient à Jimi de ta part?
Oui. Après sa mort, j'ai senti qu'il devait y avoir une continuité. Mais c'est aussi parce que j'ai vu Stevie Winwood au Marquee, il jouait sur une Strat maple neck et je me suis dit…

Quand as-tu commencé à jouer du slide?
Je jouais déjà du slide acoustique dans les pubs, à mes débuts. J'essayais de sonner comme Furry Lewis, Muddy Waters, et les bluesmen ruraux primitifs. J'y reviens de temps en temps, j'ai enregistré deux chansons d'Elmore James pour mon nouvel album. Duane Allman m'a beaucoup influencé pour le slide électrique, même si je n'en joue pas souvent.

Comment as-tu rencontré Duane?
Well, j'avais commencé à travailler sur l'album de Derek and The Dominos, mais le son était trop unidimensionnel et il y avait de la frustration dans l'air. Le producteur Tom Dowd, qui savait que j'appréciais le solo de Duane sur la version de "Hey Jude" de Wilson Pickett m'a emmené voir les Allman en concert au Coconut Grove et nous a présentés. Ensuite, je l'ai invité en studio et je l'ai gardé. Beaucoup de ses chansons, comme "Key to the highway" ou "Nobody knows you're down and out", sont des premières ou secondes prises. Ensuite il fallait que je pense vite à quelque chose d'autre pour le garder en studio. Je savais qu'il allait revenir aux Allaman tôt ou tard, mais je voulais le leur voler. Il a joué quelques concerts avec moi. Finalement il m'a dit qu'il était marié au groupe et qu'il ne pouvait pas rester avec moi. J'en ai eu le cœur brisé ! Je m'étais habitué à lui et après cela, j'ai toujours eu besoin d'un deuxième guitariste. J'ai eu Neil Schon pendant quelques temps, mais les Dominos ont splitté ensuite.

Ce fut le début de ta période sombre…
Je ne sais pas si c'est vraiment à cause des drogues. Je voulais me retirer parce que j'avais beaucoup travaillé et c'est ce que j'ai fait. Je n'avais plus l'enthousiasme nécessaire. Mon jeu de guitare passait au second plan, j'en avais assez de "La légende", je voulais être autre chose, sans savoir quoi. Lorsque je suis revenu, je l'ai fait avec un point de vue différent, j'ai abordé le reggae avec "I shot the sheriff". Musicalement, j'étais comme un gamin dans une magasin de bonbons. Humainement, c'était autre chose.

Les gens disent que tes concerts de l'époque étaient imprévisibles…
Tout dépend de qui j'avais rencontré ce jour-là, j'étais comme un brin d'herbe dans le vent, je partais littéralement avec n'importe qui suivant ce qu'ils avaient, drogue ou alcool. Puis arrivait le concert du soir et j'étais dans l'état d'esprit où ils m'avaient mis ce jour-là.

Cette période a pris fin en 84/85 avec des projets comme l'album de Roger Waters "The pros and cons", et le concert live Aid qui t'a remis dans l'oœil du public. Cela t'a surpris?
Oui. Je suis assez effacé, de nature, et lorsqu'ils m'ont dit que je passais en vedette, je n'ai pas compris. Qui, moi? La réception du public était fabuleuse et à partir de ce moment, j'ai grandi dans ma propre estime.

Est ce que le succès d'"Unplugged" t'a surpris?
Je dois admettre que je le trouve un peu artificiellement élaboré. Je veux dire, l'album n'est pas fantastique. Ceci dit j'apprécie le geste du public américain, mais je crois que le succès était hors de proportion avec la performance. Terrifiant aussi : si je l'avais vraiment pris au sérieux, cela aurait pu être la fin de ma carrière.

Aux concerts de l'Albert Hall, cette année, tu avais une Les Paul, une Gibson L5 et une Byrdland. Les utilises-tu sur ton nouvel album de blues?
Oui. Cet album respecte autant que possible le son des originaux. Quand je joue, je suis loi-même essayant d'être Freddie King. Bien sûr cela finit par sonner comme moi, mais je fais de mon mieux. La méthode d'enregistrement par exemple, live, avec tout le monde dans le studio, cuivres inclus, les guitares sur lesquelles je joue, la façon dont je chante, tout est authentique. Non pas pour copier le disque de très près, mais pour la charge émotionnelle que j'ai ressentie.

Chanter "Tears in heaven" et "The circus left town", qui sont dédiées à ton fils décédé, doit être difficile?
J'ai été au bord des sanglots sur scène, parfois. Mais je ne veux pas m'arrêter, ce serait embarrassant. Mais en même temps, je ne peux pas prétendre que ce sont des chansons comme les autres. Alors, je marche sur le fil, comme le funambule. Il faut beaucoup de discipline et de concentration pour rester sur la corde.

Vas-tu enregistrer "The circus left town"?
Oui. Je voulais enregistrer un autre disque et le sortit en double avec l'album de blues, mais le label n'est pas d'accord. Il y a une autre chanson, "My father's eyes" que j'ai joué dans "Unplugged", mais qui n'est pas sur l'album. J'ai reçu d'autres morceaux plus rock'n'roll et ils seront peut être dans l'album studio suivant. Mais en ce moment ma préoccupation est le blues et l'authenticité.

Tu as commencé en acoustique tes concerts de l'Albert Hall, au début de l'année. Il y avait sans doute des chansons que l'on retrouvera sur ton album de blues, comment les as-tu choisies?
Ce sont des chansons qui ont toujours eu un effet profond sur moi. Comme "Blues all day long" de Jimmy Rogers, il y a quelque chose, l'équilibre entre les instruments et la manière dont ils sont enregistré me coupe le souffle. Je ne le fais pas dans le même arrangement, mais l'émotion reste la même.

Le blues moderne t'émeut-il de la même façon?
Oh oui. En fait, j'aimerais faire une ou deux chansons de Robert Cray, un grand chanteur, auteur et guitariste aussi.

Quels conseils donnerais-tu aux guitaristes d'aujourd'hui?
Ecoutez les racines ! J'ai rencontré beaucoup de guitaristes ces 15 dernières années et la plupart d'entre eux ignorent leurs racines - ils croient que cela vient de Jimmy Page, Jeff Back, B.B King ou Buddy Guy. Mais cela vient de bien plus loin, et si vous écoutez Robert Johnson, Blind Lemon Jefferson, Blind Blake, Blind Boy Fuller, Blind Willie Johnson ou Blind Willie McTell, vous découvrirez qu'ils ont tous quelque chose qui mène à la musique d'aujourd'hui. Nous pouvez prendre n'importe lequel de ces blues, le faire VOTRE, alors qu'avec les musiciens des générations suivantes comme Jimmy Page, c'est presqu'impossible. J'ai écouté King Oliver, Louis Armstrong et Jelly Roll Morton, puis Thelonious Monk, Charlie Mingus, John Coltrane et Archie Shepp, j'ai écouté tot ce qui venait du blues et qui n'est pas forcément dans le cadre du blues formel.

La plupart de ces artistes sont des jazzmen…
Sûrement, mais ils ne reconnaissaient que si tu ne peux pas jouer le blues, tu auras des difficultés avec le jazz. Aujourd'hui encore, j'écoute Leroy Carr et Scrapper Blackwell pour leur beauté et simplicité et pour avoir le feeling, parce que c'est ce qui est important. Rien à voir avec la technique, l'instrument, le nombre de cordes, la vitesse d'exécution, le volume d'électricité ou la qualité acoustique : c'est le feeling qui compte, et comment tu réagis émotionnellement en jouant.

Tu as dit que tu avais deux ambitions dans la vie : jouer dans un solo une seule note qui peut amener le public au bord des larmes, et coucher avec 10000 femmes. As-tu réussi à …
Non. Et je n'ai pas couché avec 10000 femmes non plus ! Il me reste encore à réaliser ces deux ambitions… si je vis assez longtemps.




Le son d'Eric Clapton est une référence. Au cours de sa carrière, Eric Clapton a utilisé successivement des Gibson Les Paul ou SG, des Explorer, etc... avant de se fixer sur une Strat', la fameuse "Blackie" qui est en fait un assemblage fait de pièces de Plusieurs Stratocaster vintage. Le Custom Shop Fender a ensuite réalisé un modèle Eric Clapton, très proche des spécifications techniques de "Blackie", et c'est ce modèle qu'Eric utilise aujourd'hui. Pour sonner comme God, l'idéal serait bien sûr, de posséder une Fender Stratocaster modèle Eric Clapton, un ampli deux-corps Soldano, et une simple pédale Wah Wah. Sachez toutefois qu'Eric a très longtemps joué sur des Marshall qui sont quand même, plus abordables pour le commun des mortels. Une bonne guitare équipée de micros simple bobinage avec un niveau de sortie conséquent fera également très bien l'affaire. Eric Clapton opte généralement pour un crunch léger en rythmique, s'en remettant le plus souvent aux contrôles de sa guitare et à son attaque main droite pour faire le son. Pour peu que vous en fassiez autant le patch suivant pourrait vous être utilise dans toutes les configurations, qu'il s'agisse de l'intro de " Layla -, du riff de - Cocaine - ou encore des chorus de "White Room" ou de "Bad Love". N'en oubliez pas, pour autant, de bien étudier le phrasé du maître et veillez, en particulier, à la justesse des bends (notes tirées) qui sont l'une des pierres angulaires du style Clapton.



Compresseur
Attack : 100
Sustain : 73

Chorus
Rate : 38
Depth : 58
Level : 54
Pre Delay : 35
Feedback : 0

Turbo Overdrive
Level : 50
Tone :100
Drive 42
Turbo : Off

Digital delay
Time : 184 ms
Regen : 53
Level : 38

Egaliseur
Bass : + 50
Mid : + 45
Treb : + 28
Level : + 70

Reverb
Type : Room
Rev Time : 0,8 s
Predelay : 15 ms
Decay : 74
Hf Damp : 14


Olivier Galan



Vous trouverez dans ce numéro tout sur Comment jouer Cocaine.



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