E.C
L'OEUVRE DE DIEU
LA PART DU DIABLE


Guitar World 07/08-93





Intervision



Eric Clapton n'a jamais été aussi populaire, mais qui dit popularité sous-entend parfois dilution de l'intégrité musicale. Les fans n'en ont cure, et les récentes productions de Slowband s'écoulent à un rythme Soutenu. Les Cassândre, eux, ne se gênent plus pour insinuer que God a vendu au diable son âme de bluesman afin d'accéder à la renommée et à la gloire.





Deux cent mille exemplaires d '"Unplugged" écoulés en France en neuf mois. Au train ou vont les 6 choses, Eric n'aura bientôt plus assez d'armoires pour ranger ses costumes Armani. Tout ça ne fait que mettre de l'huile sur le feu, et ceux qui racontaient que ce vieux Slowhand était en fait plutôt rapide quand il s'agissait de faire de l'argent ont eu de quoi médire. A y regarder de près, le reproche n'est pas sans fondement. De la guitare acoustique aux comptes en Suisse, c'est toujours une histoire de caisse. Surtout si l'on considère que l'engouement du public pour les prestations sans ampli est venu gonfler les confortables bénéfices de "Journeyman" et du double live "Eric Clapton : 24 Nights". Panant du principe qu'il vaut mieux s'adresser à God qu'à ses saints, nous sommes allés trouver Eric pour démêler le vrai du faux, et passer en revue ses dernières expériences musicales (de "Journeyman" à "Unplugged", avec un détour par le grand écran).
Avant d'approcher Clapton, les journalistes sont prévenus que toute question portant sur la disparition de son fils Conor est à proscrire (le fils d'Eric Clapton s'est tué en tombant du 53ème étage de leur appartement de Manhattan le 20 mars 1991). Si l'on peut saisir les raisons de ce veto, il est plus difficile de comprendre pourquoi l'attachée de presse interdit également toute allusion à la vie privée de la star. Ce genre de diktat est significatif, comme si l'on cherchait à dissocier l'homme de sa musique, comme si Clapton ne produisait plus qu'une musique destinée à un marché toujours en expansion, et non une oeuvre autobiographique. En fait, c'est Eric lui-même qui décidera de se confier, et le souvenir de Conor ne tarde pas à hanter l'interview.






M.Villalonga





"Journeyman" est électrique, "Unplugged" est acoustique, mais quel était l'objectif d'un live comme "24 Nights" ?

"24 Nights" était avant tout destiné à ceux de mes fans qui ne peuvent assister à la célébration annuelle du Royal Albert Hall. Chaque fois que je fais une tournée, les fans me demandent "Comment ça s'est passé cette année à l'Albert Hall ? " Cet enregistrement leur donne une chance d'entendre par eux-mêmes. Je voulais capturer l'atmosphère particulière de certaines chansons, celles où la voix est bonne, où le groupe joue bien. Jusqu'au moment d'écouter les bandes, je n'avais pas réalisé à quel point ces chansons-là étaient rares. La sélection parmi les 24 concerts de la fin 90, sans oublier les douze concerts de l'année précédente, a été plutôt ardue. L'album est axé sur des formules musicales très différentes : combo blues de quatre musiciens, puis mon groupe habituel de neuf personnes, et enfin, le London Symphony Orchestra. Je voulais que les morceaux soient parfaits. Il n'y avait pas de place pour les overdubs ou les bidouillages de dernière minute sur cet album.
Que répondez-vous à ceux qui prétendent que "24 Nights" n'était qu'un moyen rapide de faire du cash ?

C'était un piège à éviter, c'est vrai. Mais je suis bien trop perfectionniste pour me laisser aller à ce genre de choses. La sortie de l'album avait été retardée d'un an car la première mouture ne me plaisait pas, et il fallait pourtant qu'on enregistre ces vingt-quatre concerts, en recommençant à zéro jusqu'à trouver des titres qui me plaisent. Je suppose que ça répond à la question. Si l'appât du gain avait été ma seule motivation, il y des années que l'album serait sorti.

Contrairement à certains de vos contemporains Harrison ou Kelth Richards - vous avez toujours été identifié comme un artiste solo, en dépit de l'influence des groupes auxquels vous avez participé.

Jouer en groupe me manque, mais que puis-je y faire aujourd'hui ? En vérité, j'aime la solitude, ça me donne davantage de liberté. Etre le leader du groupe me permet de choisir les directions de ma musique.

Comment s'est passée votre dernière tournée avec George Harrison ?

Le projet était le suivant: George Harrison jouait avec mon groupe la plupart des titres qui l'ont rendu célèbre depuis trente ans, depuis le temps des Beatles. George n'avait pas fait de scène depuis quinze ans, et bien qu'il ait travaillé avec les Willburys, il estimait n'avoir plus rien à voir avec le music-business. Je lui ai dit qu'à chacun de mes concerts, les gens me demandaient: "Ou est George Haffison ? Qu'est-ce qu'il devient ?" Alors, nous avons commencé à évoquer la possibilité de faire quelques shows ensemble, mais surtout pas pour des raisons financières. J'adore les tournées, et je l'ai répété à George des dizaines de fois, même si bien souvent, il m'a répondu par un cynique "Ah oui ? Vraiment ?" . Il n'arrivait pas à me croire. Quinze ans sans tourner, c'est énorme. Son expérience de la scène à l'époque des Beatles se résumait à jouer des concerts de quarante minutes devant des gamins de dix ans en sachant que personne n'entendait la musique. Après le concert, ils sautaient dans un hélico, et hop ! C'était fini. En plus, son premier concert en solo il y a quinze ans s'était soldé par une annulation. Il avait perdu sa voix le premier soir!

Vous dites que l'album "Bluesbraker" contient quelques uns de vos meilleurs moments de musique. Après le coffret "Crossroads" en 1988, envisagez-vous de sortir un coffret Cream dans les années à venir ?

L'idée de sortir le coffret "Crossroads" n'était pas de moi. En général, quand on vient me proposer ce genre de chose, je réponds: "OK, allez-y", mais en réalité, je ressens toujours le besoin de faire quelque chose d'actuel au lieu de me retourner vers le passé. Je suis comme ça. Un coffret Cream serait probablement une bonne idée, mais je n'en prendrai jamais l'initiative.

Pourtant, les premières sections de "24 Nights" ressemblent fort à une rétrospective, avec des titres comme Badge, White Room, ou Sunshine Of Your Love. Avez-vous encore quelque chose à rajouter à ces morceaux vingt ans après leur sortie ?

Je ne vois ce qu'il y a à rajouter, si ce n'est mon humeur du jour. Ma seule façon d'approcher la musique consiste à classer intérieurement tout ce qui m'est arrivé musicalement. Si on me met sur scène et qu'on appelle un certain "dossier" musical, je jouerai les chansons qui me plaisent encore. Tout ce que je peux leur ajouter, c'est ma façon de chanter à ce moment-là, ou l'évolufion de mon jeu de guitare, ou bien mon nouveau groupe à ce moment-là. "Comment le batteur jouera-t-il White Room ?
Comment le bassiste approchera-t-il Sunshine Of Your Love ?"
. De sorte que si les morceaux restent les mêmes, l'interprétation ne peut que varier.

C'est au cours de la période Cream que votre son a le plus évolué. A l'époque, vous disiez que votre seul objectif musical était d'atteindre vos capacités d'improvisation. Vous citiez la musique indienne, alors fort influente, comme un exemple à suivre, puisqu'elle abandonnait les structures conventionnelles. Plus tard, ce furent les solos qui retinrent votre attention. Avez-vous suivi un chemin musical bien balisé ?

Je ne sais jamais où la musique me mène. En revanche, je sais que mon respect pour l'instrument grandit au fur et à mesure que je vieillis. Changer de vie, abandonner la drogue et l'alcool a ramené mon attention sur ce qui compte vraiment, la guitare. On dit que je suis un puriste, et je suis assez d'accord. Je suis très exigeant avec moi-même, et bien que j'essaye d'éviter cette tendance, mes goûts sont très restreints. Je sais très bien ce que j'ai envie d'entendre et ce que j'ai envie de jouer.
Musicalement, le seul critère que je retiens est le suivant : un morceau à une "âme" ou il n'en a pas. Si quelque chose ne m'émeut pas, je laisse tomber. C'est comme ça depuis le début, et mon jeu de guitare suit ce principe.


Imapress

Que pensez-vous de l'émulation qui prévaut aux Etats-Unis, du genre "Je suis le guitariste le plus rapide de cette ville"?

Je n'ai jamais souscrit à cette attitude. Quand j'ai commencé à jouer, il y avait bien peu de guitaristes qui oeuvraient dans mon style, et j'ai finalement influencé pas mal de monde. Eddie Van Halen dit qu'il a appris la guitare en écoutant mes morceaux en vitesse lente, mais quand j'écoute sa musique, ça ne me ressemble vraiment pas, de sorte que je ne pense pas pouvoir être tenu responsable d'une telle influence. Les seuls moments où je ressens une certaine émulation sont ceux où je dois me mesurer à des musiciens qui jouent dans mon style, comme c'est la cas sur "24 Nights" avec Buddy Guy, Johnnie Johnson ou Robed Cray. Mais l'avantage de ces situations, c'est justement l'absence de concurrence au sens strict du terme. C'est un jeu. Jamais nous ne jouerions quelque chose dans le seul but d'écraser un autre guitariste ou de l'humilier. La plupart des jeunes guitaristes, qui aiment mon travail, ne savent pas s'amuser en jouant. Si je monte sur scène avec un jeune qui se montre très agressif, je le laisse me "battre" si c'est tout ce qui l'intéresse.

Comment définiriez-vous votre style aujourd'hui ?

Inspiré par Steve Ray Vaughan, certainement. L'album qu'il a enregistré avec son frère en 1990 ("Family Style", produit par Nile Rodgers) recèle quelques-uns des meilleurs sons de guitare que je n'ai jamais entendus. Ces sons doivent beaucoup aux réglages de l'ampli, avec le volume très bas. On entend quasiment l'ongle toucher la corde. J'essaye de jouer de cette façon de plus en plus. La bande originale du film "Rush" fait appel à cette technique, je joue très doucement. Je frappe une note très délicatement, et je la maintiens avec le vibrato, jusqu'à ce qu'on l'entende presque vibrer doucement contre les barrettes. Il faut vraiment tendre l'oreille pour percevoir les notes, et j'adore ce son. Il est tellement plus subtil que le son énorme qu'on entend partout.

On dit souvent que le meilleur de Clapton naît sur scène plutôt que dans le studio, il n'empêche que votre guitare traîne sur des dizaines d'albums. Qu'est ce qui peut encore vous pousser à jouer les sessionmen de luxe ?

Sans doute est-ce une tentative inconsciente de développer au maximum une technique aussi limitée que la mienne. C'est pour ça que j'aime travailler avec d'autres musiciens qui me poussent à me dépasser. J'ai eu l'occasion de travailler avec Kate Bush. Quand elle m'a demandé de jouer avec elle au début, je me suis dit "Qu'avons nous en commun musicalement ?" J'adorais sa musique, mais je ne voyais pas ce que je pouvais y apporter ! Ce genre de situation est difficile, mais cela m'apporte beaucoup. Je sais que j'apprendrai quelque chose de nouveau. J'apprends à connaître mes limites et mes capacités d'adaptation à d'autres musiques. Ce n'est pas toujours agréable. Cindy Lauper m'avait demandé de faire une session il y a longtemps, et elle voulait que je joue exactement comme sur White Room. J'ai été plutôt vexé. Et la musique que je joue maintenant alors? Comment est-ce que je jouais à l'époque ? Je ne sais même plus comment je jouais sur White Room moi ! Ce titre est vieux de vingt ans! Je n'avais aucune envie d'écouter l'enregistrement d'origine juste pour cette session. Mais ce genre d'expérience est bonne pour mon ego, parce que je dois m'écraser un peu, et me dire que je ne suis plus qu'un musicien à qui on demande de faire son travail, que ce soit pour une session ou pour composer une musique de film.

En tant que guitariste-compositeur, êtes-vous attiré par ce travail d'écriture pour le cinéma ?

Je ne pourrai jamais en faire mon métier, d'abord parce qu'on n'a pas de public en face de soi, ensuite parce que c'est trop difficile. J'aime beaucoup aller au cinéma et entendre ma musique sur les images du film. Ma première expérience dans ce domaine était "Edge Of Darkness", écrit pour une série TV de la BBC en 1985, et puis, il y a eu "Rush", "L'Arme Fatale 3" J'aimerais faire davantage de musiques de films, mais il me faudrait plus de connaissances théoriques, assez pour ne plus avoir besoin de poser des questions sans arrêt. J'ai encore recours à des arrangeurs professionnels pour me seconder.

Une partie de " 24 Nights" est interprétée par un orchestre, avez-vous écrit tous les arrangements ?

Non. Les titres arrangés pour orchestre sont issus de "The Clapton Concertos", une collaboration avec Michael Kamen. C'est Michael qui dirige le London Symphony Orchestra sur la dernière section de "24 Nights". J'aime beaucoup la musique de Bizet et Puccini. Si je devais choisir quelques disques pour m'exiler sur une île déserte, j'emporterais ce genre de choses. Réflexion faite, je prendrai aussi "Purple Rain" de Prince et un bon stock d'albums de blues. De toutes façons, la musique dépasse largement le système des étiquettes, et je travaille sur les musiques de films comme sur le reste de ma musique.

Vous mettez donc en parallèle votre style d'écriture pour l'écran avec le blues et la pop, qui exigent souvent qu'on fasse appel à des sentiments très personnels, comme sur "Unplugged".

Je ne vois là aucune contradiction. La chanson Tears ln Heaven par exemple, avait été écrite pour le film "Rush", mais elle gravite autour de sentiments très intimes elle réapparaît donc dans "Unppluged". Je ne sais pas composer sur Commande, n'importe quel jour, comme ça. Non pas que cela me plaise, mais il faut que je sois secoué émotionnellement. Si je suis très heureux ou très triste, je compose pour me consoler, pour panser mes plaies. Avant "Unplugged", j'ai beaucoup écrit, car l'année passée avait été très dure. Il m'était arrivé des choses terribles, alors je devais écrire des titres. Quand on a enregistré "Journeyman", que se passait-il dans ma vie ? J'étais amoureux je crois... la belle affaire! (rires) Alors, j'ai écrit une chanson sur cette histoire-là. La plupart des titres d Unplugged", notamment Fathers Eye et Circus Left Town, sont directement inspirés par la mon de Conor. C'était le seul moyen de me sortir de cette tragédie.

Ne craignez-vous pas de perdre le contact avec le public en écrivant sur des sujets tellement personnels ?

C'est une question difficile. Où se situe la ligne ? Je n'en sais rien. Mon point de vue est que je dois ces chansons à mon fils. Je l'ai perdu. Que faire ? Je dois lui rendre hommage à ma façon, et dire au monde ce que je ressentais pour lui. Ce n'est pas un secret. Je suis prêt à en parler avec n'importe qui, n'importe quand, puisque cela m'aide à assumer sa mort. La musique m'aide dans cette entreprise. Je connais beaucoup de gens en Angleterre, des fans sincères, qui voulaient savoir ce que je ressentais après la mort de Conor.


J.P Sabouret

N'avez-vous pas le sentiment d'attendre trop de votre musique, d'en faire le centre émotionnel de votre univers ?

Ce serait un désastre. Il faut que je sois prudent. Après avoir écouté l'enregistrement de "Unplugged", j'ai réalisé que, je n'aurai peut-être plus jamais besoin de jouer les morceaux dédiés à Conor, puisqu'ils étaient immortalisés sur disque. Maintenant, je me sens vide. Si je faisais un album entier de ces chansons et que l'album sortait, ce serait comme si je laissais partir Conor. Ce serait une forme d'enterrement musical en somme, et c'est aussi pour cela que je dois les jouer en concert.

Mais un jour, peut-être vous détacherez-vous du souvenir de la mort de Conor ?

Le temps se charge de cela. Je me souviens toujours de cette date et je vais sur sa tombe tous les mardis quand je suis en Angleterre, mais un jour, tout ça s'estompera. Dans dix ans, j'aurai sans doute une famille, mais la douleur ne s'en ira jamais.

Les intégristes du blues prétendent qu'à l'instar de Robert Johnson ou Steve Ray Vaughan, vous avez dû plonger dans les abysses insondables de la "musique du diable" et faire l'expérience de l'alcool, de la drogue, et de la douleur pour devenir un grand bluesman.

C'est le genre de petite histoire qui intéresse les jeunes, mais il faut savoir que Steve Ray avait arrêté de boire depuis trois ans quand il est mort. Il vivait de façon très saine et simple, il était fantastique. Musicalement, il était tout en haut. Personne ne lui arrivait à la cheville. C'est ce que j'ai pensé en premier lorsque j'ai appris la nouvelle. Peut-être était-ce le moment pour lui de partir parce qu'il ne pouvait pas aller plus loin en tant que musicien. Je préfère en parler comme ça plutôt que d'évoquer le syndrome Roben Johnson, Après tout, qu'est-ce que j'en sais ? Steve aurait pu devenir encore meilleur. Je ne vois pas l'intérêt de conjecturer sur les raisons de sa mort. La mon arrive, et c'est tout, que ce soit celle de Conor ou celle de Steve Ray.

Kelth Moon, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morrison ne sont pas les seuls disparus du rock. Deux des musiciens qui ont joué avec vous pendant les sessions de "Layla" - Duane Allman et Carl Radle, le bassiste - ne sont plus de ce monde. Vous seriez en droit de vous demander comment vous vous en êtes sorti, non ?

Oui, j'y pense souvent. Je dois être béni. Il y a sûrement une raison, mais je ne vois pas laquelle. Si on ne me donnait ne serait ce qu'un début de réponse à la question "Pourquoi m'en suis-je sorti ?" , je pourrais bien tourner dingue. Simplement, si je suis toujours là, ça ne peut que m'inciter à remercier le ciel de m'avoir gardé en vie jusqu'à aujourd'hui. La meilleure façon d'exprimer ma reconnaissance, c'est de faire une musique accessible à tous, une musique qui fasse du bien à tous ceux qui l'écoutent.

Peut-on devenir une méga-star sans faire de compromis ?

J'ai fait des compromis, c'est vrai. Mais je ne sais pas si c'est à ces compromis que le dois ma popularité. Je préfère penser que la popularité est le résultat d'un désir acharné de continuer à jouer quoi qu'il arrive. Tous mes fans les plus fidèles répètent sans arrêt la même phrase : "Le vieux Slowhand n'arrêtera jamais". C'est ce que je fais, et j'essaye de ne pas trop changer. Le meilleur conseil qu'on m'aie jamais donné dans ce business me vient de Muddy Waters. Il m'a dit de joue simple et de rester fidèle à moi-même. C'est ce bu que je m'efforce d'atteindre. L'argent et la gloire ne viennent pas à bout du désespoir ni des coups durs, croyez-moi. Au contraire, ils ne font souvent qu'empirer les choses parce qu'il faut tenir le rythme. Plus j'emploie de gens, plus mes responsabilités augmentent. Je dois quasiment travailler juste pour nourrir ces gens, faire des concerts parce que toute une équipe dépend de moi. Je gagne de l'argent, c'est vrai. J'aime en gagner parce que j'aime en dépenser. Ma conception de la vie n'est pas celle d'un businessman, je ne cherche pas à amasser de l'argent et je n'ai pas l'intention de me lancer dans des investissements. Mais étant donné que ma famille était d'origine plutôt modeste, alors oui, je peux dire que j'aime l'argent. Mais je sais quand même fichtrement bien que ça ne m'exemptera pas des douleurs de la vie. En fait, j'ai appris - à la dure - que si on attend de l'argent qu'il apporte l'aide, la sécurité, et l'amour, on n'arrive à aucun des trois. En fin de compte - et l'addition est salée - je me rends compte que c'est la musique qui me donne les plus grande joies dans la vie.

Joe Jackson



Intervision





La ballade de Blackie

"Blackie" est l'une des Stratos les plus célèbres du monde. En 1970, Clapton acheta six Stratos à Nashville ("La cote des Strats était basse à l'époque, elles valaient à peine cent dollars chaque"). trois des six Fender furent offertes : une à George Harrison, une à Pete Townshend, et une à Steve Winwood. Blackie naquit d'un assemblage des meilleurs élémentsdes trois derniers instruments : "Le meilleur manche, les meilleurs micros, le meilleur potentiomètre de volume...". Eric a déclaré un jour que sa relation à Blackie était si intense qu'il ressentait une douleur presque physique si un autre musicien en jouait mal. Quand Dan Smith de chez Fender se lança dans la construction d'une autre Blackie après que la première ait été mise en retraite, en 1985, il faisait face à une tâche d'une ampleur inouie : "Dans Smith et George Blanda ont analysé Blackie sous toutes les coutures. Elle était usée...jusqu'à la corde! Les frettes rentrent jusque dans le bois, et la guitare n'aurait pas pu encaisser un nouveau refrettage. En fait le manche est mort." Dan et George essayèrent donc de capturer l'essence de la Strat, mais en lui donnant la possibilité des Les Paul ou des Firebird utilisées par Clapton pour des chansons plus blues. Le manche de Blackie fut ainsi mesuré avec un soin extrême, tout comme celui de sa guitare acoustique préférée, une Martin des années trente. Toutes deux étaient équipées de manches avec ce profil en "V" très prononcé, très particulier aux vieilles guitares. Le profil original de ces manches servit de modèle à un premer prototype rouge, mais c'est un profil en "V" adouci (plus proche en fait des actuels manches en "D") essayé plus tard sur une guitare rouge brique qui emporta l'assentiment de Clapton. Selon John Page, le manager du secteur de recherche et développement de Fender qui produisit les derniers prototypes avec l'aide du luthier Mike Steavens (l'expert du custom shop), le profil s'apparente à celui d'unmanche de la fin des années cinquante. Bien qu'Eric n'utilise pas le vibrato, le chevalet d'origine fut gardé tel quel en raison de son influence sur la sonorité générale. Les micros demandèrent beaucoup de travail, puisqu'il fallait conserver intact le son d'origine tout en éliminant les problèmes de souffle et de ronflette. Eric testa des dizaines de micros, notamment des combinaisons de humbuckers "stacks" (des micros doubles dont les bobines sont empilées au leiu d'être disposées côte à côte, ce qui permt de les loger dans le format d'un simple-bobinage) et de circuits Fender des séries Elite (des guitares commercialisées au début des années quatre-vingts). Finalement, le choix d'Eric se porta sur les Fender Lace-Sensors. Le circuit actif conçu pour reproduire l'overdrive d'une Les Paul, booste les médiums de 21dB à environ 500Hz et diminue les aigus pour simuler le son d'un double bobinage. Eric monte des cordes Ernie Ball regular slinky, tirant 10-46 sur ses Strats, et joue des médiators durs Ernie Ball custom. Sa guitare principale est une Strato construite pour Jay Black, elle s'appelle Blackie.

Eric en rack

Sur scène, eric emploiedeux émetteurs HF Samson BR-3. Après être passé dans un compresseur à lampes Drawer, le signal est envoyé vers les pré-amplis de deux têtes Soldano SLO-100. Une Wah-Wah cry Baby et un petit égaliseur graphique emportent le son vers le rack. Conçu autour d'un système de connexions Pete Cornish, le rack de Clapton contient des multieffets Yamaha SPX-90, un delay digital TC Elecrtonics 2290, un chorus Dyno-My-Piano-Stereo Chorus, une reverb Dynacord 222, et un vieux multieffets Yamaha GEP-50. Tous ces processeurs sont aiguillés vers un chorus/flanger TC Electronics 1210 Spatial Expander, qui envoie deux signaux distincts vers les étages de puissance des deux Soldano. le premier signal passe par un delay Roloand SDE-3000 avant d'arriver dans l'étage de puissance, le second rentre directement dans l'autre étage de puissance. Les enceintes Marshall sont équipées de quatre haut-parleurs EV-12L.


Joe Jackson



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