SEUL à la guitare sèche, Eric Clapton, 56 ans,
est capable de tenir en haleine le Palais Omnisport de Paris Bercy.
Il l'a prouvé hier soir durant vingt bonnes minutes, pour le
premier de ses deux concerts parisiens. Assis sur une chaise, mal rasé
et lunettes sur le nez, simplement vêtu d'une chemise sport et
d'un jeans, il a fait ainsi passer des tonnes d'émotions, comme
s'il portait à lui tout seul, tout le malheur du monde sur ses
épaules. L'apothéose fut le morceau "Tears in Heaven".
Dédié à sn fils Conor, mort en tombant d'un gratte-ciel
newyorkais en 1991, ce titre prenait, hier soir, tout son sens. Quand
il chante ainsi, Eric touche au sensible. Un sublime déchirant,
qui touche les tréfonds de l'âme.

Malheureusement, lorsque l'électrcité a repris ses droits,
ça s'est gâté. Bien sûr, Eric Clapton est
un virtuose, nul n'en doute, et ses solos à la sobriété
confondante touchent juste à chaque fois. Malgré ces réserves,
quand il clame de sa voix déchirante dans le titre "Change
the World", qu'il veut changer le monde, c'est toujours le grand
frisson.
Cette
électricité à qui Clapton doit tout, a, pafois
tendance à tuer ses sensations poignantes même si, avec
son toucher unique, il sait la moduler, lui donner des formes intriguantes.
Le guitariste ne joue jamais trop de notes, c'est sa grande force, et
les démonstrations, il laisse ça aux autres, tous ceux
qui, depuis plus de trente ans, tentent de l'égaler. Rien que
pour ça, voir Clapton sur scène est une expérience
unique.
Sébastien
Catroux